mardi 2 juin 2015

COP21: Le Maroc présente sa contribution

C’est aujourd’hui que le Maroc présente sa contribution nationale à la Cop21, lors d’une conférence prévue à Skhirate. Un événement majeur dans la préparation du Sommet de Paris, qui se tiendra en décembre prochain, et qui devra donner un nouveau coup de pouce à l’agenda mondial de lutte contre le réchauffement climatique. Aujourd’hui, les autorités marocaines devront dévoiler les différentes mesures d’adaptation et d’atténuation à mettre en place en vue de limiter les effets du changement climatique, en présence de Nicolas Hulot, envoyé spécial du président de la République française pour la protection de la planète. En visite au Maroc depuis quelques jours, il a animé hier une conférence à l’Université internationale de Rabat où il a présenté sa vision sur les défis à relever lors du prochain Sommet de Paris.
Hulot a mis l’accent sur «le recul du poids des climatosceptiques», qui reniaient la responsabilité des humains dans les changements que connaît le climat. Pour lui, aujourd’hui, «les Etats ne contestent plus l’impact des activités humaines sur l’environnement. Mais chacun interprète à sa manière le principe onusien de la responsabilité commune différenciée». Une situation dialectique dans la mesure où «les arguments de chaque Etat, pris séparément, sont raisonnables et peuvent être compris. Mais si nous les envisageons de façon collective, ça devient intenable et nous nous dirigeons vers un suicide planétaire», a-t-il indiqué.
Depuis quelques années, le début des effets du changement climatique est décrypté par la multiplication des événements extrêmes. Hausse des températures, sécheresses de longue durée, marées dévastatrices, inondations… autant de manifestations du malaise de la planète. Au point de convaincre les plus sceptiques. D’ailleurs, «pour ceux qui raisonnent en termes économiques face aux défis climatiques, il faut savoir que ces changements pèsent lourd sur le PIB mondial», a indiqué Hulot. Cela concerne notamment le coût de prise en charge de ces événements qui peuvent aller de la sécheresse aux catastrophes naturelles. C’est dans ce sens qu’il est important, selon lui, que le Sommet de Paris puisse aboutir à l’adoption d’un accord global juridiquement contraignant. Car, «si nous laissons la température augmenter encore durant ce siècle, nous ne pourrons plus enrayer ce processus», a mis en garde Nicolas Hulot, qui a fait de la sensibilisation autour des menaces qui planent sur la planète son cheval de bataille depuis des années. Mais «au-delà de cet objectif, il sera important de mettre en place des instruments concrets contre le changement climatique», a-t-il dit. Il s’agit, par exemple, de «montrer aux Etats les plus vulnérables la capacité des pays les plus émetteurs de gaz à effet de serre à les aider à s’adapter», a-t-il avancé. Cela devra s’accompagner de la présentation des mécanismes de financement de ce soutien. Mais l’objectif le plus important reste, selon lui, de «mettre fin à la schizophrénie liée au maintien des subventions destinées aux énergies fossiles qui constituent l’ennemi numéro 1 de l’environnement». Pour lui, «le passage aux énergies renouvelables sans émissions de carbone est inévitable». Il est tout aussi décisif, de l’avis du président de la Fondation pour la nature et l’homme, que «les 15 pays qui produisent 70% des émissions de gaz, qui vont se retrouver en Turquie avant le Sommet de Paris, puissent s’engager à fixer un prix au carbone». L’idée est de permettre de développer des projets d’adaptation dans les pays pauvres, suite à une relance du marché carbone.

Géopolitique climatique

Nicolas Hulot a estimé que l’orientation vers l’utilisation des énergies renouvelables est inévitable face aux menaces que posent les ressources fossiles. Solaire, éolien, géothermique… à terme, «chaque pays sera capable de produire son énergie à l’intérieur de ses frontières, à partir de sources propres et gratuites», a-t-il indiqué. Ce qui ne manquera pas d’avoir des répercussions géopolitiques selon Hulot. Rappelons que le pétrole ainsi que d’autres énergies fossiles constituent depuis des années des éléments- clés de la géopolitique mondiale. Parallèlement, les changements climatiques sont de plus en plus considérés comme des facteurs de stabilité ou d’instabilité sur le plan géostratégique. Par exemple, «la crise au Darfour est née d’un basculement climatique qui a fait naître une compétition sur les pâturages», a-t-il noté. C’est pour cela que «chaque pays doit comprendre que son sort est lié à celui de l’autre», a-t-il conclu.

Mohamed Ali MRABI

«Paradoxalement une opportunité aussi»

Pour sa 3e rencontre dans le cadre de son «Cycle de conférences 2015», l’Université Euro-méditerranéenne de Fès a également reçu, samedi dernier, Nicolas Hulot. «Le changement climatique est probablement la menace la plus complexe et la plus dangereuse qui pèse sur l’ensemble de l’humanité, mais c’est en même temps paradoxalement une opportunité», a t-il souligné dans une déclaration à L’Economiste. Pour lui, «L’ensemble de l’humanité est confronté au changement climatique et, pour répondre à cette menace, l’humanité n’a pas d’autre option que de se rassembler, mutualiser son intelligence et ses volontés, ses économies et ses technologies». «Dit autrement, c’est, peut-être, une extraordinaire opportunité pour l’humanité de laisser de côté quelques divergences futiles pour se rassembler sur l’essentiel», renchérit-il. En d’autres termes, Hulot plaide pour un changement de modèle. Il appelle aussi à «relier les humains à la nature et à cesser de détruire notre socle commun que l’on appelle la planète». Pour y arriver, c’est l’ensemble de l’humanité qui est appelé à contribution et qui  va décider de le faire ou pas. «C’est un travail complexe». Outre la protection de la terre, il faut la réhabiliter et la réparer. «Car, elle a été mise en l’espace de 150 ans dans une situation de dégradation. Maintenant, il faut que notre économie ne repose pas sur l’exploitation et la destruction de la nature, mais plutôt sur la protection et la réhabilitation de la nature», estime Hulot. Et de poursuivre, «il faut changer tous les indicateurs». Il s’agit donc d’un changement de logiciel et de mentalité, avec la participation de tous, et avec une vision partagée et c’est l’objet de la conférence de Paris.
L’expert français a également rappelé: «l’objectif de contenir le réchauffement à 2 degrés, qui est le seul raisonnable pour l’humanité, deviendra plus aléatoire sur le plan économique et beaucoup plus tragique sur le plan humain». Le phénomène que les peuples tentent de combattre se développe aujourd’hui plus vite que la traduction concrète de notre prise de conscience. Il va falloir inventer un autre mode de concertation entre les pays qui subissent les conséquences du réchauffement climatique. 

Youness SAAD ALAMI
 



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