Les institutions financières internationales peuvent se remettre de la perte de 240 milliards d’euros que la Grèce de l’absence de leur soutien. Le sommet de la dernière chance se tient ce lundi à Bruxelles, après l’échec de l’Eurogroupe jeudi dernier. Henri-Louis Vedie, professeur émérite, Groupe HEC/Paris, estime qu’il serait injuste de céder aux exigences d’Athènes vis-à-vis des pays -Espagne, Italie, Portugal, Irlande- qui ont déployé des programmes d’austérité.- L’Economiste: Comment la Grèce en est-elle arrivée là?
- Pr Henri-Louis Vedie: Depuis cinq ans, la Grèce est officiellement en crise, mais la crise remonte bien au-delà, dès son entrée dans l’Union, où elle n’a alors aucune frontière commune avec les Etats membres, même si les véritables difficultés commencent en 2001, avec la mise en place de l’euro.
Pour pouvoir y prétendre, il faut satisfaire à ce que l’on a appelé les critères de Maastricht: dette publique inférieure à 60% du PIB, déficit budgétaire inférieur à 3% de ce même PIB et inflation inférieure à 2%. A la surprise générale, la Grèce publie des résultats et des indicateurs économiques satisfaisant à ces critères, avec la complicité de Goldman Sachs. On sait aujourd’hui que les autorités grecques avaient menti et que le pays était loin de répondre aux critères exigés.
La crise financière ne va bien sûr pas arranger les affaires du pays. Au printemps 2010, l’endettement atteint des sommets et les bailleurs ne répondent plus, la dette s’alourdit, le pays ne pouvant plus emprunter et devant rembourser les dettes antérieures. On connaît la suite. J’ajoute que les autorités grecques, quelles qu’elles soient, n’ont jamais engagé les réformes nécessaires: réduction des dépenses publiques, réforme des retraites, réformes de la fiscalité et de la TVA, etc. que la Grèce doit toujours plus de 240 milliards d’euros aux institutions financières internationales, pas seulement européennes.
Aujourd’hui, elle attend désespérément un versement de 7,2 milliards d’euros du FMI, de la Banque centrale européenne et l’UE, en échange de réformes que le gouvernement Tsipras refuse de mettre en place. Faute d’accord, ce sera le dépôt de bilan.- Quel risque de contagion présente la sortie de ce pays de l’euro sur les économies des autres membres de la zone?
- Je ne crois pas au risque de contagion, car les Etats qui connaissaient des difficultés et qui ont accepté de faire des réformes, y compris au prix de l’austérité, comme par exemple le Portugal, l’Espagne ou l’Italie, commencent à voir leur situation s’améliorer. Par contre, si les Européens cédaient à Tsipras, c’est-à-dire s’ils versaient les 7,2 milliards d’euros sans la mise en place de réformes, non seulement il y aurait un risque de contagion pour des situations éventuelles similaires, avec l’incapacité désormais d’imposer la moindre réforme en cas d’appel de fonds, mais cela serait vécu comme une profonde injustice par ceux qui ont accepté, en leur temps, l’austérité et les réformes.- Quelle serait la réaction des marchés financiers à un défaut de paiement grec?
- Difficile de répondre à cette question, car leur réaction de ces derniers jours montre qu’ils l’ont déjà anticipé, pour ce qui concerne au moins les marchés des principales bourses internationales. Par contre, ce qui est à peu près sûr c’est qu’ils sanctionneraient durement la nouvelle monnaie grecque qui serait appelée à se substituer à l’euro. Ce qui compliquerait sérieusement le financement de leurs importations. Certes, le tourisme pourrait en profiter, mais de là à annuler le désastre financier, pour la Grèce, auquel aboutirait la sortie de l’euro, il y a un pas que je ne franchirai certainement pas. Les institutions financières internationales se remettront toujours plus facilement de la perte de 240 milliards d’euros que la Grèce de l’absence de leur soutien.
Propos recueillis par
Louis-Quentin DEGROUX
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Novitacu
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