lundi 3 août 2015

«Y a-t-il une raison pour que nous renoncions à nos traditions et à nos valeurs civilisationnelles, marquées du sceau de la tolérance et de la modération, et que nous embrassions des doctrines étrangères à notre éducation et à notre morale?» Le constat du Souverain dans le discours du trône est sans appel. Il fait écho aux derniers événements qui ont fait ressortir un vrai clivage au sein de la société. Des actes, qui témoignent d’une montée de l’extrémisme et de l’intolérance, défrayent la chronique régulièrement. Le politologue Mohamed Amrani Boukhobza, professeur à l’Université Abdelmalek Saadi à Tétouan, estime que «le contenu du discours royal relatif à l’identité nationale doit être placé dans son contexte». En effet, il s’agit de signaux adressés aux différentes tendances sociales. Surtout que «nous avons constaté depuis quelques mois une confrontation entre deux courants sociaux, l’un conservateur et l’autre moderniste». D’où l’importance de l’intervention du Souverain qui a tranché le débat, dans son rôle d’arbitre suprême de la Nation. Et le message royal a été on ne peut plus clair: les Marocains ne doivent permettre à «personne venue d’ailleurs, de leur donner des leçons sur leur religion et ne doivent accepter l’incitation de personne à suivre un rite ou une doctrine originaire de l’Est ou de l’Ouest, du Nord ou du Sud, et ce, indépendamment du respect pour toutes les religions célestes et les doctrines qui s’y rattachent». Une affirmation qui met les points sur les «i» et recadre le débat au sein de la société marocaine. Les citoyens sont directement interpellés, et sont appelés à jouer pleinement leur rôle. Le Souverain a rappelé «la nécessité de préserver l’héritage précieux que nos ancêtres nous ont légué, à savoir l’identité marocaine authentique qu’on nous envie». Cette identité est «articulée autour de deux grands thèmes», selon Boukhobza. D’un côté, «la question linguistique, évoquée dans le cadre de la réforme du système de l’enseignement, et le volet religieux», a-t-il ajouté. En effet, «la religion est l’un des principaux fondements de l’identité marocaine, dans la mesure où elle fait l’objet d’un consensus, et relève directement de l’institution de la Commanderie des croyants», a expliqué le professeur de sciences politiques. C’est dans ce sens que le Souverain a estimé qu’il est du «devoir patriotique et religieux de protéger cette identité et de demeurer attaché au rite sunnite malékite, que les Marocains ont choisi de bon gré et transmis de père en fils». Il s’agit là d’un «signal fort à la nécessité de l’attachement aux particularités de la doctrine religieuse au Maroc, marquée par sa modération», a rappelé Boukhobza. C’est ce qui consacre l’idée de «l’exception marocaine». Car, rappelons le, les conflits qui ruinent plusieurs pays de la région sont liés à la confrontation entre différents courants religieux. Et le discours royal fait d’une pierre deux coups. D’abord, il s’agit d’un appel aux citoyens à faire preuve de retenue et de se conformer aux fondements de la Nation. Cela constitue une sorte de rappel à l’ordre suite aux derniers dérapages, où des citoyens se sont octroyés le droit de juger des personnes dans la rue à cause de leurs convictions ou de leur aspect vestimentaire. Les affaires des filles d’Inezgane ou du travesti de Fès sont encore dans les esprits. Néanmoins, «il s’agit aussi d’une alerte pour prendre garde du danger venu de l’étranger», a estimé le professeur de sciences politiques. En effet, «le Souverain a joué son rôle de Commandeur des croyants en attirant l’attention sur les menaces religieuses qui guettent le Royaume», a-t-il ajouté. C’est le cas notamment de l’extrémisme salafiste, qui tire ses convictions et son mode opératoire de la pensée d’idéologues étrangers. A cela s’ajoute le danger que représente Daech, qui continue d’embrigader des jeunes marocains, qui n’hésitent pas à proférer des menaces à l’égard du Royaume. Cela «sans oublier les tentatives d’infiltration de l’idéologie chiite», a noté Boukhobza.

L’identité ne se limite pas à la religion!

Beaucoup d’observateurs estiment que le discours royal a mis en place un véritable diagnostic de la situation du pays. Y compris la question de l’identité nationale, qui a fait l’objet de beaucoup de débats dernièrement, avec une confrontation entre différents courants. Et «cela ne se limite pas aux questions religieuses», a estimé Mohamed Amrani Boukhobza. Celui-ci a souligné que «les langues constituent également un facteur important dans le rattachement à l’identité. C’est pour cela que le Souverain a insisté sur ce point, en donnant l’exemple par sa propre expérience». Car, «la langue utilisée dans l’enseignement est un élément de base dans la formation de l’identité nationale», a noté le politologue.

M. A. M.



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