vendredi 16 mars 2018

La Comédie de Tanger propose un nouveau spectacle « Gynécée », une pièce de Gérard Levoyer (2008) mise en scène par Aurore Laloux les 12, 13 et 14 avril à 20h à la Fondation Lorin.

 

Gynécée par la Comédie de Tanger

 « Exister c’est oser se jeter dans le monde »

Avec tendresse, humour, émotion et beaucoup de sincérité aussi, comme dans la vie, comme dans un film ou dans toutes ces choses vues à la fenêtre elles disent elles racontent elles parlent des femmes qu’elles aimeraient être, des garçons aux allures de conquérants, des hommes qui traversent les rêves à l’infini… comme dans un je. Des femmes si différentes et pourtant semblables par bien des points !

Places limitées. Réservations obligatoires à : comediedetanger@gmail.com

Fondation Lorin
44 rue Touahin
Médina de Tanger

EXTRAITJUSTINE

Gynécée livre de Gérard LevoyerIl est beau.
Il m’énerve.
Il m’énerve à être beau.
Il est là, à côté de moi, il me sourit de toutes ses dents.
Et ça m’énerve.
Pourquoi a-t-il encore toutes ses dents ? A son âge ?
Et moi pas ?
C’est agaçant.
Je ne me souviens pas qu’il ait été aussi beau.
Même lorsqu’on s’est connus.
Il était pas mal mais sans plus.
D’ailleurs je n’étais pas jalouse de mes copines. Maintenant si.
Elles sont toutes à me dire « kesskilébo  ton mari ! ».
Comme si elles le découvraient pour la première fois.
Ou alors « il a un charme fou ».
C’est pas juste.
Pourquoi lui ? Pourquoi pas moi qui ait été Miss Picardie ?
Pourquoi mes rides me vieillissent ?
Pourquoi les siennes l’embellissent ?
Pourquoi mes cheveux blancs font comme si j’avais de la toile d’araignée sur la tête ?
Pourquoi les siens lui font une nuque argentée très empereur romain ?
Pourquoi ? C’est pas juste.
Il a la vue qui baisse, le pauvre chéri, ça l’oblige à plisser les yeux pour voir au loin. Elles disent que ça met du mystère dans son regard. A moi, elles disent : t’as les yeux fatigués, ma chérie.
Fais chier !
Avant, quand on se promenait tous les deux, j’avais le sentiment de sortir mon cousin de province. A présent il me tire comme on tire sur la laisse de son chien.
Avant c’était MON petit ami, maintenant je suis SA femme.
Il est grand. Il a toujours été grand. Mais là j’ai l’impression qu’il a encore grandi. Ou c’est moi qui me suis tassée.
Il est grand et mince. Pantalon 44 sans problème. Il entre dans un magasin et il ressort avec le même modèle que le mannequin de la vitrine. Moi j’ai toujours des retouches à faire. « Vous repasserez demain ». C’est pénible.
Si au moins il était mufle !
Après tant d’années partagées ça serait presque normal. Mais non, il est encore gentil, il m’emmène partout où il va, et il me présente, et il m’ouvre la portière de la voiture, et il pense aux anniversaires, il m’offre des fleurs, et il me dit qu’il m’aime, qu’il est heureux, qu’il veut m’emmener en Polynésie…
C’est affreux ! Je suis sûre qu’il ne me trompe même pas.
Moi je le trompe, bien sûr, mais ça ne m’apporte rien.
Ils sont tous moins bien que lui, c’est pénible. Alors ça me rend triste.
Et je pense que s’il l’apprenait il serait terriblement malheureux alors je culpabilise, je deviens nerveuse, pas douce et ça me gâche le plaisir.
Je lui cherche un défaut je n’en trouve pas, c’est exaspérant !
C’est comme se retrouver toute nue face à un revolver.
Je me sens terriblement vulnérable.
L’imperfection rassure les gens comme moi.
Le monde qui nous entoure n’est pas fait pour un type parfait.
Je me sens mal.
Mal auprès de lui, mal avec lui, mal en face de lui.
Parce qu’il rayonne de bonheur.
Et que moi, trop de bonheur, ça me met mal à l’aise. Je ne suis pas préparée à ça.
C’est pas humain.
Ce type qui vit avec moi n’est pas humain.
Faudrait que je le quitte, pour un vrai con !
Un moche, con et beauf, bien beauf, qui regarde les mangas à la télé et qui vote extrême droite.
Une brute qu’aurait une revanche à prendre dans la vie, qui n’aurait aucun scrupule à casser la gueule à ce connard en costume qui se permet de poser sa sale patte bagousée sur moi et de m’embrasser tendrement en questionnant :
     –  A quoi tu penses ? Tu as le front tout plissé. Tu as des soucis ?
Et voilà ! En plus j’ai le front plein de plis !
A cause de lui.
Je dois avoir une tête de lémurien névrosé.
(elle pleure doucement sur elle-même)
C’est rien, je lui réponds, tu sais bien que c’est la période des pollens. Regarde, j’ai les yeux rouges. Et du mal à respirer…
Et lui bien sûr, il me tend sa Ventoline avec un grand sourire.

A propos de Gérard Levoyer

Prix Radio SACD 2003. Administrateur des Ecrivains Associés du Théâtre et Président du Comité de Lecture jusqu’en 2012.
Gerard Levoyer auteur de Gynécée
Né à Trouville-sur-Mer en 1946, Gérard Levoyer débute, en 1983, par l’écriture d’une pièce de théâtre  » L’Ascenseur » lue à Théâtre à Une Voix.
À cette période, il fait la rencontre de Pierre Billard pour lequel il écrira une trentaine de textes destinés à l’émission « Les Nouveaux Maîtres du mystère » sur France Inter.
Il travaille également pour Patrice Galbeau dans le cadre de « La Dramatique de minuit », toujours sur France Inter puis, pour France Bleu, il écrit plusieurs séries de dialogues qui lui permettront, entre autres, de rencontrer Claude Piéplu.
Son activité s’enrichit des textes destinés à France Culture et à la Radio Suisse Romande. Il est aujourd’hui l’auteur d’environ cent vingt dramatiques radiophoniques.
Parallèlement, il poursuit son activité d’auteur dramatique par l’écriture de plus de 50 pièces à ce jour. Parmi celles-ci, quelques titres : Danger, Amour, créée à Paris, au Théâtre Grévin, avec Jean-Pierre Kalfon et Véronique Genest ;
Une bière dans le piano, avec Gilles Gaston-Dreyfus, mise en scène par Gérard Savoisien, Mendiants d’amour, créée à Paris, au Guichet-Montparnasse ; L’Appeau du désir, créée à Vincennes, 12 femmes pour une scène, au Théâtre du Nord-Ouest…
En 2006 il aborde le théâtre jeunesse avec « La princesse et le plombier », créée au Darius Milhaud et qui est restée près de 3 ans à l’affiche.
Des monologues pour femmes, « Elle(s) » montés par le Théâtre du Sphinx de Nantes.
« Burlingue » une comédie sociale, jouée à la fois au festival d’Avignon 2006, à Montpellier, au Théo Théâtre et à la Comédie St Michel de Paris.
A ce jour, une quarantaine de ses pièces sont éditées.
Depuis plusieurs années il reçoit des commandes d’écriture de la part de compagnies professionnelles. C’est ainsi qu’il a écrit « Compagnons ou les enfants du trimard » pour Les Transbordeurs d’Images de Rochefort en 2005,
« 1814, les p’tites gens » en 2006, écriture également de « Les plaisirs du vin », une commande du Théâtre de Feu de Mont de Marsan.
En 2008 édition de « Les enfants de la cigogne » suivi de « Miss Ouistiti », deux pièces pour la jeunesse aux éditions La Fontaine.
En 2009 la Compagnie Les Transbordeurs d’Images lui commande une pièce sur l’évolution du statut de la femme de 1789 à nos jours intitulée « Maria et les autres ».
En 2010 c’est « Histoires de bains » pour le Théâtre des Lumières et « Louise et les pétroleuses » pour l’Aparté de St Raphaël.
Il écrit également pour la télévision, quelques courtes dramatiques sur TF1, des sketches, des épisodes de « Caméra Café », des nouvelles pour divers magazines et a animé un concours francophone d’écriture : « Nouvelle au Pluriel » pendant plus de 12 ans.
Il est aussi comédien et metteur en scène.

 



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