Moscou a officialisé son entrée dans le bourbier syrien. Des avions russes et syriens ont mené conjointement plusieurs raids contre des positions terroristes à Hama, Homs et Lattaquié mercredi après-midi. L’aviation russe a encore frappé le lendemain des positions d’Al-Qaïda et des rebelles islamistes dans les provinces d’Idleb (nord-ouest) et de Hama (centre). Une nouvelle qui ne fait pas l’unanimité. Le secrétaire américain à la Défense, Ashton Carter, a jugé que «les frappes ne visaient probablement pas les jihadistes de Daech et a estimé que l’approche russe tournera mal si elle se fixe pour unique objectif de défendre le régime de Bachar al-Assad».
En écho, Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, a renchéri à New York en affirmant «qu’il y a des indications précises selon lesquelles les frappes russes n’ont pas visé Daech». Une thèse défendue également par le chef de l’opposition syrienne en exil, Khaled Khoja, selon laquelle les pilotes russes n’avaient pas visé les jihadistes de l’Etat islamique, «les frappes de Homs ont tué 36 civils innocents dans des zones qui ont combattu l’Etat islamique».
Moscou par la voix de son ministre en charge de la Défense a rejeté ces allégations. Selon lui, plusieurs équipements militaires, ainsi que des moyens de communication et des stocks d’armes auraient été détruits. Le ministère russe avait annoncé avoir procédé à 20 sorties aériennes pour détruire huit cibles sur les positions de l’Etat islamique conformément à la stratégie édictée par Vladimir Poutine: «Prendre les terroristes de vitesse et détruire leurs positions en Syrie, avant qu’ils ne viennent chez nous». En plus, les autorités russes ont affirmé avoir agi sur la demande du président Bachar al-Assad. Plus conciliant, John Kerry a déclaré devant le Conseil de sécurité que «Washington était disposée à bien accueillir le recours à la force aérienne russe, à condition de viser réellement l’EI et Al-Qaïda».
Sur le terrain, les raids aériens russes continuent, et l’espace aérien syrien est le théâtre d’incessants ballets aériens: des appareils de combat de la mission des pays de la coalition menée par les Etats-Unis, les raids réguliers de l’armée syrienne et, désormais, les bombardiers et les avions d’attaque au sol de l’aviation russe. Seule certitude: cette accélération de l’engagement de Moscou dans le dossier
syrien s’inscrit sur fond de bras de fer entre le président américain Barack Obama et son homologue russe sur le sort à réserver à Bachar al-Assad. Washington a été prise de court par le coup de poker de Moscou qui a solidement renforcé sa présence militaire dans le nord-ouest de la Syrie. A la recherche d’un consensus, Américains, Français et Russes se sont mis d’accord pour se réunir d’urgence. L’enjeu principal étant le dialogue et la coordination des opérations aériennes, dans le but de se prémunir contre tout incident entre avions de chasse.
Question de terminologie
La différence d’appréciation qu’ont les Russes et les Occidentaux de la notion de terroristes à abattre était inévitable. Les Européens, les Américains et leurs alliés arabes font le distinguo entre l’Etat islamique, ou le Front al-Nosra, la branche d’Al-Qaïda en Syrie, et les rebelles modérés qu’ils soutiennent. Pour Moscou, tout opposant armé au régime de Bachar al-Assad est un «terroriste». Le malentendu devrait donc durer.
Yannick EKE
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18:13
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