lundi 5 octobre 2015

La polémique autour des opérations russes ne cesse d’enfler. Cinq jours après l’annonce officielle du dépoilement des forces russes en Syrie, Moscou a affirmé sa détermination à intensifier ses frappes. Elle affirme avoir conduit jusqu’à samedi 4 octobre une soixantaine d’opérations ciblant «l’Etat islamique». De nouveaux bombardements ont visé, dans la nuit du samedi à dimanche, la ville de Raqa, la capitale de l’organisation terroriste, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme. Les renseignements britanniques ont évalué que seule une faible proportion des frappes russes avait visé Daech. A l’instar de plusieurs de ses homologues occidentaux, le Premier ministre français Manuel Valls a appelé Moscou à ne pas se tromper de cibles en frappant d’autres organisations que l’Etat islamique. Mais le porte-parole du président russe Vladimir Poutine a déploré que Washington et ses alliés n’aient jusqu’à présent pas réussi à expliquer à Moscou ce qu’ils considéraient comme opposition modérée. Le Kremlin insiste qu’il ne visait que des terroristes en Syrie. Mais, à l’instar du pouvoir syrien, le Kremlin qualifie de terroriste tout groupe combattant le régime d’Al-Assad.
Selon le sénateur américain John Mc Cain, les bombardements russes en Syrie visent surtout les rebelles entraînés et financés par son pays. Je peux absolument confirmer que ces frappes visaient l’Armée syrienne libre ou des groupes qui ont été armés et entraînés par la CIA, a-t-il assuré.
Les accusations vont plus loin. L’Otan a accusé les forces russes d’avoir créé une bulle de protection en Méditerranée orientale, notamment autour de la base Al-Assad de Lattaquié. Je n’ai pas vu Daech faire voler des avions justifiant le déploiement de missiles SA-15 ou SA-22 ou de “chasseurs sophistiqués”. Ces équipements n’ont rien à voir avec le groupe Etat islamique, a insisté le général américain Philip Breedlove, commandant suprême des forces de l’Otan en Europe. Le Kremlin avait présenté son intervention comme un acte de légitime défense. Sergueï Ivanov, le chef de l’administration présidentielle, a insisté qu’il ne s’agit nullement de réaliser un quelconque objectif géopolitique ou d’assouvir une quelconque ambition, comme l’accusent régulièrement les Occidentaux. «Il s’agit des intérêts nationaux de la Russie», insiste-t-il. Moscou fait référence aux milliers de ressortissants russes ou d’ex-Républiques soviétiques, notamment des Tchétchènes, qui combattent sous les couleurs de Daech, et dont elle craint le retour.
Vu la taille actuelle de l’intervention russe, elle est loin d’accorder des avancées conséquentes dans la guerre du régime de Bachar contre ses opposants. Tout comme les attaques américaines en Irak, ces opérations ont besoin d’un relais sur le sol que l’armée épuisée du régime syrien est incapable de donner. Ainsi, elles sont surtout politiques et ne serviraient qu’à décourager les Occidentaux à s’investir davantage en Syrie comme l’ont fait Washington et Paris.
M. L.
 



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