lundi 5 octobre 2015

Les Marocains sont vivement préoccupés par la situation de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur, et attendent une réelle amélioration dans ces deux domaines.
Par ailleurs, nous avons besoin de former plus de 10.000 ingénieurs par an, pour renforcer l’encadrement technique et préparer un vivier de dirigeants pour les différentes institutions publiques et privées du pays;  et pour cela, le Maroc est en train de favoriser la création de nouvelles écoles d’ingénieurs.
Mais que fait-on des écoles historiques qui ont été des centres d’excellence et qui ont formé des milliers d’ingénieurs? L’EHTP, par exemple, fondée en 1971 à Casablanca, a formé plus de 35 promotions d’ingénieurs, soit plus de 4.000 lauréats au total depuis près de 40 ans, dont Mohammed Ali Yacoubi, wali actuel de Tanger-Tétouan, Mustapha Fahim, directeur de pôle du groupe Delta Holding, Driss Merroun, actuel ministre de l’Urbanisme et de l’Aménagement de territoire, Mohamed El Aouzai, gouverneur directeur de l’Agence urbaine de Casablanca, et Mohammed Amine El Hajhouj, directeur général de la Société d’aménagement Zenata (SAZ).
Or l’Ecole Hassania des travaux publics, depuis près de 2 ans, se dégrade à vue d’œil, faisant face à une lente et dangereuse montée de la bureaucratie, à l’absence de prise d’initiative, la quasi-absence de l’usage des nouvelles technologies et une déresponsabilisation des équipes enseignantes et administratives, pourtant très dévouées aux promotions d’élèves-ingénieurs exceptionnelles tant par leur niveau académique que par leurs qualités humaines.
Cette dégradation peut être étayée par des faits concrets, et cela de manière non exhaustive:
1- Augmentation continue des effectifs de l’école, avec des promotions qui ont quasiment doublé, passant de 150 élèves-ingénieurs à bientôt 300, sans que les infrastructures suivent: salles de classe, dortoirs, nombre d’enseignants, programmes,  infrastructures IT, notamment une connexion internet à faible débit pour plus de 700 élèves-ingénieurs.
2- Un enseignement et un corps enseignant qui ne fait vraisemblablement pas l’objet d’inspection extérieure, et qui, par conséquent, tend à se relâcher, avec des professeurs allant jusqu’à reconduire d’année en année les mêmes contrôles d’évaluation;
3- De nombreux professeurs vacataires n’ont pas été payés, ou partiellement payés depuis 3 ans, et qui ont décidé de quitter l’école, vers d’autres établissements qui les rémunèrent.
4- Des professeurs de grande qualité et des membres de l’administration partent en retraite ou quittent l’école pour d’autres établissements, sans être toujours remplacés, leur poste étant repris par d’autres personnes, parfois non qualifiées dans le domaine concerné.
5- Aucun partenariat n’a été signé depuis quelques années entre l’EHTP  et d’autres établissements d’enseignements étrangers, ce qui est, en général, un signe de dynamisme, d’ouverture et de recherche d’amélioration continue.
6- Le site Internet de l’école, vecteur d’information et d’image, n’a pas été actualisé depuis 18 mois, puisque n’y figure pas la nomination du directeur actuel qui a pris ses fonctions en avril 2014.
7- Le module culturel obligatoire, qui inclut les Projets d’initiative personnelle (PIP) et les cycles de conférences,  en 1re et en 2e année, est vraisemblablement appelé à disparaître, tant la présence de la culture devient dérangeante à l’école, alors qu’à une autre époque, l’EHTP accueillait des expositions de peinture, de nombreux artistes et des conférenciers de renom.
8- Enfin, et pour sanctionner cette dégradation continue, les grands admis du Concours national commun ne choisissent plus l’EHTP en priorité et se détournent vers d’autres écoles (en 2015, le dernier rang retenu à l’école a baissé de plusieurs centaines de places), indicateur supplémentaire de la baisse de l’image et de la réputation de l’EHTP.
Si le climat social avec le syndicat des enseignants s’est apaisé, cette situation est un leurre qui cache la dramatique baisse de la qualité académique de l’enseignement que constatent une grande partie des parties prenantes de l’école. Depuis deux ans, aucune décision stratégique, courageuse ou visionnaire n’a été prise, et aucun contrôle qualitatif et quantitatif ne semble avoir été exercé sur les acteurs académiques de l’école. Les quelques décisions prises veillent avant tout, à ne fâcher personne, et sont souvent contre l’intérêt fondamental de l’école.
Cette situation paraît, à ceux attachés à cette école, comme dramatique, et appelle à  une réaction rapide de la tutelle, en la personne de Abdelaziz Rabbah, ministre de l’Équipement et du Transport et de la Logistique, qui devrait mener par ses équipes ou un cabinet spécialisé, ses propres investigations, voire un audit académique, auprès des enseignants de l’EHTP des différentes sensibilités (et non pas seulement ceux membres du  syndicat d’enseignants qui dominent actuellement), ainsi qu’auprès des membres de l’administration, des élèves ingénieurs, mais également auprès des collaborateurs de l’école partis récemment en retraite et des derniers lauréats diplômés de l’école.
Après beaucoup d’hésitation, j’ai finalement décidé aujourd’hui d’écrire cette tribune pour tenter de barrer la route à la médiocrité qui avance à l’EHTP. L’éducation et la formation supérieures sont des causes nationales prioritaires, et je ne pouvais continuer à regarder cette dégradation sans réagir.
J’espère qu’un sursaut salutaire sera réalisé, notamment grâce à la mobilisation des lauréats brillants de l’école, où qu’ils soient et tous ceux qui ont l’EHTP dans le cœur, pour faire en sorte que cette école revienne sur les rails de l’excellence, pour qu’elle reste l’une des meilleures écoles d’ingénieurs du Maroc, voire qu’elle devienne l’une des meilleures écoles d’ingénieurs de la région Mena.

Sauvetage

Pour sauver l’EHTP, il faudrait au moins deux actions prioritaires pour la gouvernance:
- nommer à sa tête un directeur qui soit disponible, présent et engagé et qui a, à la fois, les compétences académiques et les capacités de leadership pour mener au succès une telle école,
- dans la mesure du possible, lui accorder plus de moyens pour renforcer ses infrastructures de base, notamment relatives au matériel et contenus pédagogiques,  les infrastructures informatiques, et les conditions de logement et de travail des élèves ingénieurs.

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(1) Ce module, créé à l’initiative de Salma Benchemsi et Dalil Guendouz en 2005, permettait  d’ouvrir à la culture les élèves ingénieurs, et de préprofessionnaliser les jeunes en les amenant à monter, déployer et médiatiser des projets culturels ou citoyens. Ce module était un vecteur de promotion de  la culture de l’excellence, la culture du leadership, la prise d’initiative, le sens du patriotisme, auprès des jeunes élèves-ingénieurs. Sur les deux modules obligatoires, l’un des modules a été supprimé à la rentrée 2015, et le second module pourrait être appelé à disparaître à la rentrée prochaine.
 



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