mercredi 5 août 2015

Un vieux serpent de mer refait surface avec un nouvel espoir de réussite. Les professeurs de l’enseignement supérieur et agrégés des facultés de médecine, de pharmacie et de médecine dentaire sont de nouveau autorisés à exercer dans les cliniques privées. Deux après-midi par semaine leur ont été libérées via un accord signé le lundi 3 août dernier entre les ministères de la Santé, de l’Enseignement supérieur, l’Ordre national des médecins et le Syndicat  national de l’enseignement supérieur. Le privé étant demandeur de spécialistes et les professeurs preneurs de travail dans le privé, l’objectif de cet accord est de tenter à nouveau d’organiser l’exercice à Temps Plein Aménagé (TPA) des professeurs en médecine. «Une décision qui ne doit pas aller à l’encontre du cours normal des services de santé et de formation», explique le Département de la santé dans un communiqué. Il ne s’agit pas de la première tentative du ministère de tutelle. En effet, le projet connu des professeurs des générations précédentes n’avait pas fonctionné comme prévu en rencontrant de nombreux couacs. «Le TPA n’a jamais été pratiqué selon la loi, certains professeurs étaient toujours dans le privé, en délaissant le public. C’était l’anarchie!», explique El Houssaine Louardi, ministre de la Santé. Son département prévoit de limiter le nombre de cliniques par professionnel, afin d’éviter les dérives. Pour cela, un classement des établissements par spécialités devrait être réalisé. Cependant, avance Louardi, des cliniques et médecins pourraient se plaindre de la répartition décidée. Un autre dossier continue de faire polémique: la carte sanitaire, sujet à propos duquel professionnels et tutelle n’ont pas réussi à s’entendre. La réunion exigée par le corps médical le 7 juillet dernier n’a pas pu avoir lieu, «les représentants ont exigé de s’entretenir exclusivement avec moi et non pas avec mes collaborateurs», explique Louardi. La réunion reportée trois jours plus tard a vu la participation d’une cinquantaine de manifestants, pancartes à la main, alors que Louardi n’en attendait qu’une dizaine. «Comment voulez-vous que l’on discute à cinquante?» s’insurge le ministre. Pour rappel, étudiants en médecine, résidents, internes et externes n’étaient pas en accord avec son application stricte. Plus de 2.000 personnes s’étaient rassemblées devant le ministère de la Santé le 23 juillet dernier (Ndlr: Voir aussi L’Economiste du 22 juillet 2015). La manifestation a été l’occasion de ressortir tous les sujets houleux, parmi eux: exonération de l’impôt sur le revenu (IR), révision des salaires et des retraites, amélioration des conditions de travail, égalité des chances notamment au niveau des stages à l’étranger, et une révision des conditions d’examens… Le projet d’application de la carte sanitaire vient pallier un manque en équipements et médecins dans certaines régions du pays. En effet, 45% des médecins opèrent actuellement sur l’axe Casa-Rabat, soit près d’un médecin sur deux. En milieu rural, seuls 24% des praticiens sont en activité. Pour l’heure, le projet de la carte sanitaire est en cours de négociation et le ministre ne pense pas le voir passer avant 2016.

Un TPA très peu respecté

Le système du Temps partiel aménagé (TPA) existe depuis bien longtemps. Tout d’abord régi par la loi n° 10-94, relative à l’exercice de la médecine, il a connu plusieurs dérives. Prenant fin en 2001, celle-ci a été remplacée par la loi n° 131-13, du 19 février 2015, adoptée par la Chambre des représentants et la Chambre des conseillers. Parallèlement, en 2012, le ministère de la Santé avait publié une circulaire (du 27 novembre 2012) relative à l’exercice illégal de la médecine, à titre privé, par des médecins fonctionnaires. Celle-ci interdisait l’exercice en clinique privée pour les médecins du public. La circulaire avait posé problème et un accord avait été trouvé en janvier 2013 entre les médecins professeurs et les ministères de la Santé et de l’Enseignement supérieur.

Sabrina EL-FAÏZ



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