Les négociations avancent vers la création du fonds miroir de «l’aerofund» français. Le véhicule d’investissement, dédié au développement des petites et moyennes industries du secteur aéronautique, sera doté d’un montant de 60 millions d’euros (environ 600 millions de DH). Sa mise en place est prévue «avant la fin de cette année», selon une source autorisée du Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (Gimas). Le fonds sera bâti sur le modèle français et géré par ACE Management, une société privée française de gestion de portefeuille. Dans l’Hexagone, l’enseigne a déjà, dans son escarcelle, sept fonds d’investissement spécialisés dans plusieurs secteurs industriels (Cf. L’Economiste du 24 mars 2015). Au Maroc, cet outil financier opèrera par des prises de participations dans le capital de PME et PMI du secteur aéronautique. L’objectif sera d’aider ces fournisseurs et équipementiers à atteindre une certaine consolidation financière de leurs activités. Pour les responsables du Gimas, il servira aussi de moyen de séduction pour attirer les industries métallurgiques, par exemple, à intégrer la chaîne de valeur aéronautique. Il faut savoir qu’avec des carnets de commande qui ne désemplissent pas – ce sera le cas pour la décennie à venir – la sécurisation des filières sous-traitantes sera un passage obligé.
Une partie de ce fonds sera portée par les gros constructeurs, eux-mêmes. Le véhicule sera en effet co-alimenté par les industriels, d’une part, et quelques institutionnels, de l’autre, avec la CIMR comme chef de file. L’on ne connaît toutefois pas encore à quelle hauteur cela devrait se faire. L’autre partie sera composée des majors du secteur déjà implantés ou intéressés par la destination d’investissement du Royaume. Boeing, Airbus, Bombardier, par exemple, sont dans la liste de ces géants de l’industrie locale qui pourraient prendre part au montage du fonds. En France, l’aerofund en est à sa troisième version. Un total de quelque 105 millions d’euros ont déjà été investis dans une trentaine de PME de l’industrie aéronautique.
A côté de ce fonds spécialisé, le secteur pourra aussi bénéficier des interventions du Fonds de développement industriel (FDI), mis en place par l’Etat marocain, dans le cadre du déploiement du Plan d’accélération industrielle. Sur un rythme d’investissement de 3 milliards de DH/an sur les 7 prochaines années (21 milliards de DH), le FDI est censé faciliter l’opérationnalisation du programme d’écosystèmes industriels piloté par le ministère de l’Industrie.
La semaine dernière, justement, c’était au tour du secteur aéronautique de finaliser, avec la tutelle, ses contrats de performance (Cf. l’Economiste du mardi 29 juillet 2015). Ces engagements portent sur le lancement de quatre écosystèmes industriels. Il s’agit des filières de l’Assemblage (aérostructures, usinage, chaudronnerie, traitement…), de l’EWIS (Systèmes électriques, câblage, électronique embarquée, connecteurs…), du MRO (Maintenance, réparation d’avions, de moteurs, révision…), ainsi que de l’Ingénierie (Conception, R&D, test…). Des engagements ont été pris entre l’Etat et les professionnels. L’objectif est en effet de tripler, à l’horizon 2020, les effectifs du secteur pour les porter à un total de 23.000 emplois. Le gros de ces effectifs – 8.700 - sera créé dans la filière de l’Assemblage. Les professionnels se sont aussi engagés à doubler le chiffre d’affaires à l’export du secteur avec l’ambition de le porter à 16 milliards de DH. Le Gimas s’est aussi fixé le défi d’attirer les investissements de 100 nouveaux acteurs mondiaux au Maroc, ce qui devrait quasiment doubler la taille actuelle du secteur à l’échéance 2020. L’Etat, de son côté, garantit l’accès au foncier (97 hectares identifiés), la formation des profils, ainsi que divers incentives. Paré au décollage…
35% de taux d’intégration d’ici 2020
Les opérateurs se sont d’ailleurs engagés à accompagner une vingtaine de porteurs de projets et de TPME à l’horizon 2020. La mise en place annoncée de l’aerofund servira principalement à atteindre cet objectif, en aidant certaines PMI à voler de leurs propres ailes. Ce sera nécessaire pour atteindre les 35% de taux d’intégration industrielle que vise le secteur à terme. L’industrie aéronautique locale, bien que récente, part sur de bons acquis. Elle pèse déjà 21 milliards de DH de sourcing local et 7 milliards de DH d’investissement. Cette année a particulièrement été marquée par les arrivées d’Aerolia et d’Alcoa, deux gros équipementiers du secteur. L’industrie locale a aussi réalisé, en 2014, un chiffre d’affaires qui frôle le milliard de dollars et pèse 4,5% des exportations du Maroc. Ce chiffre dépassait à peine 1% une décennie auparavant.
Safall FALL
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